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 ( a second son must find glory where he can) - Lukas

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Lukas Rosenwald
impérialiste de la Rose

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‹ MESSAGES : 951
‹ PSEUDO : summer child, co.
‹ FACE & CREDITS : Dylan O'Brien, songbird (av) wood spoon (sign)
‹ ÂGE DU PERSONNAGE : vingt-cinq ans.
‹ STATUT CIVIL : Marié depuis trois ans et déjà père.
‹ STATUT DU SANG : Un sang pourpre coule dans ses veines, porteur aussi du fardeau de la consanguinité.
‹ OCCUPATION : Guérisseur à la tête du service diagnostic de l'hôpital magique Günther Bartholomaeus.
‹ SCOLARITÉ : de 2000 à 2008.
‹ ALLÉGEANCE : sa famille avant tout, à sa mère, puis son frère malgré leur distance.
‹ LOCALISATION : Berlin la belle, entre le palais où il réside et l'hôpital où il travaille.
‹ INVENTAIRE : Une pince à cravate toujours accrochée, en forme de rose, son portable toujours dans la poche en cas d'urgence, un carnet encorcelé pour prendre des notes pendant ses débriefing avec son équipe. Son alliance, son portefeuille en barda dans lequel une photo de sa fille a sa place
‹ COMPÉTENCES : empathie (1), fraternité (1) & impulsivité (2)

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MessageSujet: ( a second son must find glory where he can) - Lukas   Sam 30 Juil - 17:05


Lukas Rosenwald
Fear cuts deeper than swords.
— Prénom(s): Lukas, premier du nom, aux sons ronds et presque candides pour un fils puîné qui s'acharne à cacher ses naïvetés. Un nom moderne, comme tous ceux portés par sa fratrie, et qui selon le souhait de la matriarche fait souffler un vent de changement sur la vieille famille. — Nom: Rosenwald. Ce nom riche de plusieurs siècles et lourd de sens, attaché à jamais à la Rose qu'il sert encore. Un nom qui inspire la crainte plus que le respect. Un nom qui fait lever les têtes et fait baisser les yeux. Un nom comme un  habit trop grand pour Lukas. — Age: vingt-cinq ans qu'il porte tant bien que mal, masquant ses sourires derrière une apparence froide.  — Date et lieu de naissance: né le 14 mai 1991, dans le château des Lindeberg à Düsseldorf, quelques minutes après son jumeau — Etat du sang : pur, son sang porte les insanités et les folies maudites que sa famille a engendré à force de pratiquer l'inceste.  — Statut civil : marié depuis trois ans à Liséa de la famille Taborski, elle lui a donné une fille depuis deux ans. — Emploi:il est guérisseur à l'hôpital Günther Bartholomaeus, devenu récemment avec l'arrivée de sa famille au pouvoir le chef de la section diagnostic. Son travail, s'il l'a d'abord choisi à cause d'une vieille promesse, le passionne. Lukas doit faire ses diagnostic sur le vif, toujours dans l'urgence, et il adore ça. L'adrénaline qu'il en ressent le fait se sentir utile et lui fait oublier beaucoup de choses. Dans sa blouse blanche, immergé jusqu'au cou dans ses cas tous plus insolubles les uns que les autres, il fait marcher ses méninges pour trouver la solution qui guérira ses patients. — Niveau de richesse : riche, très riche, une richesse accumulée depuis des siècles, et même s'il n'est pas à la tête de la famille, il en jouit également. Il n'aurait même pas besoin de travailler, d'ailleurs. Toute la famille en bénéficie, et c'est ce qui lu a permis de ne pas se soucier de certains détails depuis son enfance. L'argent n'a jamais été un souci, et si Lukas travaille, c'est d'abord pour ne pas s'ennuyer. — Dieu affilié : la Rose, à qui ils doivent leur nom, la Rose belle, puissante et aimante. Si, encore enfant, lire les récits mythologiques le passionnaient, c'étaient pour tenter de la comprendre. Maintenant, malgré son esprit scientifique froid et logique, il reste une part en lui de ce petit garçon qui aimait à croire qu'une puissance supérieure les protège avec bienveillance. — Lieu d'habitation : il habite désormais Berlin, après le long exil de sa famille qui les a poussé à s'en échapper. C'est dans cet immense palais encore froid d'avoir été innocupé que toute sa famille a pris place, et que des appartements lui sont dédiés à lui, Liséa et leur enfant.— Camp politique : fidèle aux siens, fidèle à sa mère qui l'a forgé, fidèle à son frère qui l'a protégé, fidèle à la Rose qu'il a admiré.  — Traits de caractère : Lukas est doux, hypersensible, impulsif, sauvage, méfiant, s'ennuie vite et ne doit pas s'arrêter une seule seconde. Intuitif et créatif, il faut cependant qu'il dépasse cette anxiété qui ne le quitte jamais pour pouvoir se montrer sous son plus beau jour. Lukas est quelqu'un qui a du mal à mentir, et qui préfère se cacher que de risquer une maladresse. Assez naïf également, il se protège comme il peut en évitant ceux dont il se méfie. Il est aussi d'une grand intelligence et il le sait : non  content d'être fier de son sang, il est aussi fier de ses compétences et  il lui arrive très souvent de penser de quelqu'un qu'il n'est pas digne d'intérêt s'il n'est pas capable d'entretenir une conversation intelligente avec lui. Peu de personne ont le privilège d'être reconnu par son regard exigeant. Tous ces éléments conjugués en font un être solitaire par nature.
Lukas est atteint de troubles de déficit de l'attention, ce qui a beaucoup d'impacts sur sa façon d'être. Il s'ennuie vite mais au contraire, si un quelque chose le passionne, il peut passer son temps dessus sans compter. Ces troubles en font aussi quelqu'un de constamment nerveux et incapable de rester calme : il est agité de nombreux tics qu'il peine à contrôler. ◊ Il a un manque de confiance au lui lorsqu'il se retrouve au sein de sa famille, et se sent incapable de se tenir à leurs côtés. Il est effrayé aussi par son anormalité qui lui a apporté beaucoup de soucis scolaires malgré son intelligence. Contrairement à eux, il ne dégage aucune aura particulière et a tendance à fuir les mondanités qu'à les rechercher. Mais à l'inverse, seul, il ressent le besoin d'afficher son appartenance aux Rosenwald et la supériorité évidente qu'elle lui apporte. Même s'il est le dernier d'entre eux, il reste un Rosenwald.  ◊ Curieux, incapable de rester calme, il a choisi un métier dans l'urgence pour pouvoir pallier à ce besoin d'action toujours constant. Il a des vies en mains et doit trouver leur mal inconnu avant que la mort ne vienne les ravir. Et ça lui plaît. Si d'abord, être médecin était une promesse faite à sa sœur Serena pour trouver son mal et la guérir, il n'a finalement pas changer de plan à la mort de cette dernière. ◊  Il est dans le déni depuis de nombreuses années, et ne se l'avouera jamais à voix haute, mais la dépendance qu'il a vis-à-vis de son frère est beaucoup trop malsaine pour son bien. Même s'il l'effraie, même s'il ne reconnaît que difficilement le garçon qui le rassurait à chaque cauchemar, il se sent toujours sous son emprise et n'arrive pas à détester ça. ◊ Il est gay, mais le cache bien. Sa femme est la seule personne au courant, en dehors des quelques conquêtes qu'il a faites, et elle est la seule femme avec laquelle il peut coucher. Certainement parce qu'il recherche quelque chose, il n'osera pas pousser plus loin la réflexion de peur de découvrir ce que cache son inconscient. ◊ Depuis l'enfance, il est victime de cauchemars récurrents et en période de stress, ceux-ci affluent pour ne pas le laisser faire ses nuits. Il faut préciser aussi que son métier est très stressant.  
— empathie : Lukas est sensible, voire trop. Il ressent très rapidement toute sorte d'émotions et doit souvent mette un rempart pour se protéger. Ces sentiments, Lukas a l'impression qu'ils l'affaiblissent et l'exposent beaucoup trop et c'est pour cette raison qu'il se masque, comme il peut. — fraternité : la famille avant tout, c'est le mot d'ordre des Rosenwald, qu'il applique à la lettre. Il laissera toujours passer sa fratrie avant lui, et qu'importe ce qu'il lui en coûte. D'ailleurs, lui-même n'est pas fait pour la lumière, et la laisse volontiers aux autres. — impulsivité : trop souvent, Lukas fait tout sur un coup de tête. Parfois, ça lui est positif, et parfois ça lui amène encore plus de soucis. Il ne peut pas s'en empêcher et c'est très souvent sans réfléchir, quand ses nerfs s'échauffent, il ne répond de rien. A cause de ça, il sait difficilement résister à un défi, que ce soit un simple pari ou un cas médical des plus grave à résoudre. 
— pseudo : summer child, mais appelle-moi co    — âge : l'âge où on commence à ne plus le dire    — pays : douceuh fraaanceuuuuh — disponibilité : faut que je me retienne de pas passer ici ugh — personnage : inventé sur  la base d'un lien    — avatar : dylan o'brien, qu'on aime voir en double    — crédits : euh... j'ai pas fait attention pour les gifs, à vrai dire j'ai tellement passé de temps à ramer sur tumblr que voilà xD  — commentaires ou suggestions ? :  
(c) light of the seven

   



Dernière édition par Lukas Rosenwald le Jeu 11 Aoû - 16:45, édité 10 fois
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Lukas Rosenwald
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‹ STATUT DU SANG : Un sang pourpre coule dans ses veines, porteur aussi du fardeau de la consanguinité.
‹ OCCUPATION : Guérisseur à la tête du service diagnostic de l'hôpital magique Günther Bartholomaeus.
‹ SCOLARITÉ : de 2000 à 2008.
‹ ALLÉGEANCE : sa famille avant tout, à sa mère, puis son frère malgré leur distance.
‹ LOCALISATION : Berlin la belle, entre le palais où il réside et l'hôpital où il travaille.
‹ INVENTAIRE : Une pince à cravate toujours accrochée, en forme de rose, son portable toujours dans la poche en cas d'urgence, un carnet encorcelé pour prendre des notes pendant ses débriefing avec son équipe. Son alliance, son portefeuille en barda dans lequel une photo de sa fille a sa place
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MessageSujet: Re: ( a second son must find glory where he can) - Lukas   Sam 30 Juil - 17:06


Some old wounds never truly heal,
and bleed again at the slightest word.
Düsseldorf, 1996
Dans un sursaut, Lukas ouvrit grand les yeux et sa respiration affolée résonna dans la pièce au haut plafond. La nuit assombrissait les murs, mais l'enfant n'avait plus peur du noir depuis longtemps. En tout cas, il avait appris à lutter contre assez longtemps pour balancer les jambes hors de son lit, les laissant à la morsure du froid, pour rejoindre le lit de son jumeau, un peu plus loin et se blottir contre son dos. La force de l'habitude avait donné à chacun de ses geste une légèreté qu'il employait à ne pas réveiller son autre, même s'il échouait à chaque fois. Lukas passa doucement un bras sur la taille de son frère, couché sur le côté, et finit par calmer la cadence de son cœur dans sa cage thoracique à la chaleur de Luis. Il ferma de nouveau les yeux, appuyant sa joue contre les omoplates de son aîné, et s'apprêta à se rendormir, quand il sentit du mouvement. Malgré toute la délicatesse et la discrétion qu'il avait mis dans ses gestes, il avait réveillé son frère, qui se retourna dans les draps pour lui faire face. Habitué à la pénombre, Lukas vit ce visage si semblable au sien lui faire face à la faveur des rais de lumière nocturne, et fut aussitôt rassuré par la profondeur des prunelles posées sur lui. Luis passa son bras autour de son cadet, qui aussitôt eut un doux sourire. « Encore un cauchemar ? » Lukas assentit d'un petit soupir satisfait lâché derrière ses lèvres closes. Luis resserra son bras autour de lui, posa son front contre le sien, et ne dit plus rien. Parce que Luis n'était pas très bavard et que de toute façon, son frère n'avait pas besoin de mots. Il avait juste besoin du réconfort qu'il lui apportait, et la délicieuse sensation d'être à l'abri de tout alors qu'il se pelotonnait contre lui. Alors que le souffle de son jumeau reprenait une allure endormie, balayant le visage de Lukas, celui-ci replongea dans le sommeil sans aucune crainte. Demain sans doute, les serviteurs qui allaient les réveiller les trouveraient ensemble et en alerteraient leur mère, mais pour l'instant, plus rien ne comptait hormis cette étreinte échangée avec Luis, dans la chaleur de ses draps.

Düsseldorf, 1999
Lukas avait toujours été un curieux. Du plus loin qu'il s'en souvenait, son sport favori était d'arpenter les longs couloirs de leur humble demeure, à Düsseldorf : un palais d'une famille alliée, avec un certain nombre de chambres et d'appartements mis à leur disposition. Un terrain de jeu idéal pour le gamin qui ne tenait pas en place. Il avait déjoué la vigilance des adultes, et du haut de ses huit ans se baladait dans les recoins où jamais personne ne venait. Bizarrement, il était assez sauvage, Lukas, il détestait quand il y avait trop de monde autour de lui et n'aimait que trop la solitude. Au moins, lorsque personne n'était dans les parages, il n'avait pas besoin de faire attention à sa manière de se tenir, à ses tics, à faire semblant d'être intéressé par ce que les autres disait, à être sage. Tout seul, il pouvait bouger et être libre. Alors, il s'échappait souvent pour de petites escapades, le temps de se ressourcer.
Celle-ci le mena vers un espace un peu reculé, où, il le savait pour y être déjà allé, une bibliothèque avait été placée. Cette bibliothèque regorgeait de trésors et Lukas s'était mis en tête de dévorer le plus possible de livres, qu'importe les quintes de toux qu'il devait essuyer pour avoir à bouger la poussière qui les recouvrait. Il n'avait pas osé emprunter les ouvrages, de peur que quelqu'un s'aperçoive de leur absence ou ne les remarque dans sa chambre. Il poussa la porte avec précaution pour ne pas faire grincer les gonds, et s'enfonça dans les rayonnages désormais connus par coeur. Il s'y perdit, tourna, retrouva la tablette qu'il voulait, relu les tranches pour retrouver son livre entamé la veille et s'y plongea sitôt ouvert. Assis à même le sol, les doigts tapotant le papier du livre ouvert sur ses genoux dans une interminable danse, Lukas lisait les vieilles légendes qui se voulait chroniques fidèles à ce qui s'était passé plusieurs siècles auparavant, relatant les combats des dieux.
Puis quelque chose le tira de sa lecture. Les gonds de la porte grincèrent, des pas résonnèrent, et des voix parlèrent. Le garçon se tendit, image même d'une statue de sel, et ne bougea plus  pendant un instant.
« Il n'y a pas grand chose à faire, n'est-ce pas ?
– Je suis au regret de vous dire que non... La maladie de votre fille est incurable, je le crains.  »
Lukas reconnut la voix de sa mère, et celle du guérisseur qui soignait Serena depuis maintenant plusieurs mois. Comme les autres, il en venait à la même conclusion, même si celle-ci avait été cachée à Lukas : sa soeur ne pourrait jamais avoir une activité normale et serait toujours constamment fatiguée, ce qui posait d'innombrables soucis à leurs parents. Une héritière incapable de se tenir sur le trône avec vigueur était quelque chose de catastrophique, et même Lukas en prenait les mesures malgré son jeune âge. La faute à ses lectures, sans doute. Il continua de tendre l'oreille malgré tout, et ce même après que le guérisseur fut congédié. Ses parents restés seuls eurent des mots terribles qui s'imprimèrent dans la mémoire du garçon.
« Notre famille est maudite, Helmina. »
Il ne comprit pas les paroles de son père, mais sa mère y répondit en soupirant. Ses pas imprimèrent un arrêt agacé.
« Il faut qu'on la soigne, on ne peut pas la laisser dans cet état. Notre image en dépend, et nous ne devons pas nous montrer affaiblis.
– Je sais bien, Ulrich, je sais bien. »
Lukas entendit le pas de sa mère reprendre.
« Luis a l'air bien portant,au moins, la couronne est entre de bonnes mains. Quant à Lukas, je vous avoue que je ne porte pas beaucoup d'espoirs en lui pour l'instant. Les autres sont trop jeunes pour que je puisse m'avancer. »
Le reste, le gamin ne l'entendit pas. Abasourdi par l'aveu de sa mère, Lukas sentit poindre les grosses larmes à ses yeux et les laissa mouiller le vieux papier du livre sous lui. Incapable d'autre chose que de pleurer sans bruit et sans geste, il lui fallut attendre bien après le départ de ses parents pour pouvoir se remettre en mouvements et rentrer à pas traînant s'enfermer dans sa chambre.

Goldadler, 2000
Il serrait les dents. Luis et lui n'étaient pas du tout dans les mêmes classes, et si ça n'avait pas l'air d'affecter Luis, Lukas en souffrait beaucoup. Il ne devait pas le montrer, ou sinon les autres, ceux qui voulaient l'échec de sa famille, allaient s'en donner à cœur joie. Fort, comme sa mère et tous les autres, fort comme Luis, il devait être impeccable, irréprochable. Parfait et brillant. Quoi de plus difficile, pour lui qui n'a jamais réussi à combler les attentes de sa mère ? Une montagne qu'il devait soulever à mains nues, voilà ce à quoi ça s'apparentait son début de scolarité. A neuf ans, Lukas souhaitait plus que out retrouver la quiétude de la bibliothèque des Lindeberg, à Düsseldorf, dans ses recoins que jamais personne ne visitait. Tout plutôt que cette masse de gens autour de lui qui le jugeaient sans cesse et qui souhaitait sa perte, et avec lui celle du nom qu'il portait. Seul, voilà ce qu'il était, seul au milieu de ces individus qui n'avait au moins pas la moitié du talent des siens. Si Lukas se sous-estimait en se comparant à son frère, il était par contre sûr que la pureté de son sang le plaçait bien plus haut que ceux-là, ces mêlés avec qui il était obligé d'avoir cours. Il se doutait que les séparer, son frère et lui, avait été une décision politique. Être baigné dans les jeux de pouvoirs depuis son plus jeune âge donnait une sorte de regard sur le monde, et une analyse de la moindre chose comme une tactique politique. Pour leur prouver sa valeur, il fallait qu'il leur montre. Le pied au sol, le talon en l'air, la jambe de Lukas avait une cadence infernale qu'il espérait cachée sous son bureau. Des tics qu'il avait lorsqu'il était immobile sur une chaise depuis bien trop longtemps et que le cours commençait à devenir ennuyeux. Il cligna des yeux et força sa concentration. Ce geste dut avoir quelque chose de comique puisque qu'une de ses voisines eut un gloussement en le regardant. Le garçon se glaça, serra les mâchoires, sa jambe arrêta son manège et, avec toute la force de sa volonté, Lukas disciplina tout son corps et tout son être pour écouter. Être droit et calme, comme sa mère lui avait si souvent morigéné. Leur prouver qu'ils n'avaient pas à se moquer d'un Rosenwald.

Goldadler, 2006
La bibliothèque de l'école, où Lukas était toujours niché, commençait à se vider et très vite, ils ne furent que tous les deux, Agnieszka Taborska et lui. Agnieska et lui avaient beaucoup de points communs, dont le fait non-négligeable d'avoir des jumeaux. Ils se connaissaient depuis l'enfance, lorsque les fillettes étaient passées voir une Lindeberg de leur famille en vacances. Très vite, Lukas s'était plus ou moins reconnu en Ania et une fois arrivé à Goldadler, même dans une année supérieure à la sienne, recherchait souvent sa compagnie. Elle plutôt calme et lui sauvage, ils passaient énormément de leur temps à la bibliothèque où ils se retrouvaient à leur place quasi attitrée.
Profitant du calme environnant, l'adolescent regarda le profil de son amie alors qu'elle travailler et commença, la voix mesurée pour éviter aux échos de se propager : « Dis, Ania... Comment est-ce que tu aurais réagi si tu avais vu Kasia coucher avec quelqu'un ? » La jeune fille leva le nez de ses devoirs et le regarda longuement avant de lui répondre : « Assez mal je pense. Ça t'est arrivé ? » Le garçon fronça les sourcils, se gratta la nuque et baissa le regard. A Ania, il pouvait lui dire. Elle aussi avait une jumelle, elle pouvait comprendre ce qui le troublait. Alors, il le lui dit. Avec des formes assez vagues, le souvenir de la chevelure rousse d'Aloisia Freidrich encore bien vivace, de l'air calme et pas même surpris qu'avait affiché son frère en le voyant là. De son imperturbable sang-froid, blessant à la manière d'un pic de glace acéré enfoncé dans le cœur de Lukas, lorsqu'il lui avait dit sans cérémonie de bouger de là. Il pensait vraiment qu'elle allait l'aider à mettre un mot sur ce qui le taraudait, sur tout ce qui se tramait à l'intérieur de lui et qui le perdait. Mais Ania resta silencieuse, ancra ses prunelles claires dans les siennes pour simplement dire : « A part Luis qui a régit d'une manière bizarre... Non, je ne vois pas pourquoi ça te perturbe. C'est parce que tu l'as pas encore fait ?
– Non... Enfin je sais pas. Peut-être. » Non, ce n'était pas du tout pour cette raison, Lukas le pressentait. Mais la boîte de Pandore qu'il avait commencé à ouvrir lui avait fait peur, et au lieu de regarder à l'intérieur, il venait de la fermer pour de bon.

Goldadler, 2008
Il ne savait pas trop ce qu'il faisait là. Parce qu'on l'avait mis au défi de sortir le nez de ses bouquins et d'assister à une petite fête pas très légale, l'adolescent s'était rendu dans une salle de classe censée être déserte, mais en réalité occupée par beaucoup de ses camarades de pavillon. En poussant la porte, il afficha un air froid et détaché pour masquer son mal-être, et la question qui revenait le taraudait : Qu'est-ce que tu fiches ici, Lukas ? Tout ça parce que sa fierté avait été piquée au vif, il s'était abaissé à leur niveau et ne pensait désormais qu'à repartir, la figure désapprobatrice de sa mère imprimée dans sa mémoire. A ne pas réfléchir et à agir impulsivement, voilà qu'il s'en rendait ridicule... Certains de ses camarades saluèrent son arrivée avec un beuglement joyeux, et Lukas leur fit aussitôt des yeux noirs. Dans un coin de la pièce, son frère était déjà là, entouré de son cercle d'amis. « Lukas Rosenwald nous aurait-il honoré de sa présence ? » Lukas se tendit, inconfortable, alors qu'un mêlé s'adressait à lui. Il avait déjà croisé son regard noir à de nombreuses reprises, mais le jeune homme ne l'avait jamais approché. Lukas savait qu'il venait d'une bonne famille mêlée, très riche, proche de certaines familles pures et qu'il s'adaptait parfaitement dans les cercles très fermés des élèves purs. D'où sa présence ici, alors qu'il venait du pavillon des mêlés. « Au vu du vacarme que l'on entend dehors, je suppose que tu dois être à l'origine du charme d'isolation phonique. » Lukas était connu pour afficher son racisme sans aucune retenue et ne voyait pas pourquoi il s'en cacherait. Ici, à Goldadler, c'était d'ailleurs chose très commune. Il venait d'une des meilleurs familles du continent, une des plus anciennes et des plus pures. La magie qui découlait de son sang était sa fierté. Le garçon eut un sourire agaçant et n'eut pour toute réponse qu'un autre défi à la bouche : « Ne te gêne pas pour le renforcer. » Lukas leva les sourcils, mordit sa lèvre et d'un coup de tête, lança ses mains et ses doigts dans une chorégraphie méticuleusement appliquée. Il finit par lancer ses mains vers le murs et son regard tomba sur le mêlé, un air satisfait affiché sans vergogne. Pas besoin de mot pour exprimer sa supériorité évidente. Au lieu d'en être vexé, le mêlé eut un sourire amusé et Lukas, sentant qu'on se moquait de lui, fit aussitôt demi-tour pour regagner la chambre qu'il n'aurait jamais dût quitter. Avant que le regard de son frère tombe sur lui et qu'il ne sache plus où se mettre, définitivement. « Eh attends ! » Lukas eut la faiblesse de se retourner et un tic nerveux le fit contracter et décontracter sa mâchoire. « Tu pourrais te lâcher un peu, Rosenwald. Dans quelques mois, tu seras adulte et tu devras reprendre le rôle qu'on a taillé pour toi. En attendant, je te conseille de faire comme les autres et t'amuser.
– Je n'ai aucun conseil à recevoir de quelqu'un comme toi.
– Comme tu veux. » L'autre eut un sourire énervant et leva à son encontre une bouteille d'alcool maison apparemment fait par d'autres garçons dans le secret de leurs chambres. Lukas plissa les lèvres, puis attrapa la bouteille et en but une longue rasade, sous le rire du mêlé. Il n'avait jamais été doué pour dire non aux défis et pour résister à sa propre impulsivité.

Quelques heures plus tard, un bras passé autour des épaules du mêlé, l'un de siens, autour de la taille, il rejoignait sa chambre en bringuebalant un peu. Il avait passé sa soirée à boire, avait laissé tomber le masque et c'est en riant bêtement qu'il s'adressait au garçon : « T'es pas pur, t'sais pas où est notre pavillon !
– J'ai accompagné des amis plusieurs fois  jusqu'à l'entrée, je taperais et j'attendrais devant qu'une âme charitable daigne ouvrir la porte à Lukas Rosenwald. » Son ton était clairement moqueur. « J'ai hâte de voir la tête des gars de ta chambrée quand ils te verront dans cet état. Surtout ton frère. » Lukas, incapable de voir le risque qu'il encourrait, ne fit que glousser. Il n'avait pas tellement vu son jumeau, en fait, peut-être avait-il disparu ailleurs avec quelqu'un. « Il s'en fout. » Peut-être, peut-être pas... Et si jamais il ne s'en fichait pas ? Lukas ne parvenait même pas à voir la détresse que ça lui causerait à lui de décevoir son frère. Il n'eut dans la tête que cette chevelure rousse, infiniment rousse, la blancheur de deux peaux l'une contre l'autre, le carmin de lèvres mordues et un entremêlements de bras. Cette image qu'il tentait depuis presque deux ans maintenant d'effacer de sa mémoire refaisait toujours surface, quoiqu'il fasse. Son humeur joyeuse, largement due à l'alcool, s'assombrit aussitôt. « Je m'en fous aussi, de toute façon. » L'autre dut sentir son changement d'attitude, car la sienne, toujours moqueuse et railleuse depuis le début de la soirée, devint un peu plus douce. Il arrêta leur marche et pencha un peu la tête vers celle de Lukas, dirigée vers le sol. « Eh, ça va ? » Lukas ne répondit rien. Ses yeux un peu plus brillants que d'habitude se perdirent dans la noirceur de ceux qui le jaugeaient, et il crut y lire quelque chose. Peut-être de l'intérêt. C'est pour ça qu'il ne l'avait pas lâché de la soirée, n'est-ce pas ? Pour ça qu'il le regardait de loin, toujours, que leurs regards se croisaient trop souvent, et qu'il le menait à son pavillon alors que d'autres, pourtant plus proches de Lukas, l'auraient laissé cuver dans un coin de la salle sans s'en occuper ? Qu'il le ramenait alors que son propre jumeau ne s'était même pas aperçu de sa présence, ou en tout cas n'était pas venu le voir alors qu'il n'avait espéré que ça ? Les mots que le mêlé avait dit en début de soirée lui revinrent en mémoire, et il se rendit compte qu'à sa sortie de l'école, on lui annoncerait sa fiancée. Il devrait mener des études pour avoir un métier et il devrait se marier. Faire briller son nom aussi bien à l'extérieur qu'en se comportant comme un parfait époux et père de famille. Que jamais, plus jamais il ne pourrait s'autoriser à céder une fois, une seule, se pencher vers le beau visage tendu vers le sien, l'embrasser spontanément et sans réfléchir du tout. Juste une seconde, une seule, et aussitôt Lukas reprit contrôle de son corps, s'éloigna et se défit du bras du mêlé encore autour de sa taille. Mais le jeune homme le retint. Leurs regards se croisèrent, leurs volontés s'affrontèrent et celle de Lukas céda la première.

C'est dans une autre salle de classe vide qu'il l'avait emmenée pour le soustraire aux regards qui risquaient de passer, c'est un peu nerveusement qu'il avait lancé le charme pour masquer leur présence et c'est toujours avec nervosité qu'il s'était penché de nouveau vers lui, comme pour lui demander. Son visage avait perdu cet air moqueur et il n'y avait plus qu'une douceur presque trop douloureuse pour Lukas. Lukas n'avait ouvert la bouche que pour lui faire promettre le secret. Le mêlé avait assentit, et le jeune Rosenwald s'était laissé faire. Sans pour autant pouvoir se débarrasser des images de son propre frère, qu'il avait surpris avec la jolie Aloisia, et du visage de sa mère à jamais réprobateur, alors qu'il enroulait ses bras autour du corps sur le sien et enfonçait ses ongles dans sa peau.

Berlin, 2011
Il avait vingt ans, Lukas, vingt ans et l'envie de vivre. D'un seul coup, comme ça, il avait accepté l'invitation à sortir d'un camarade dans le Berlin remué des années 2010. Alors qu'encore quelques années auparavant, même à l'école, les Rosenwald avaient des airs de princes déchus et étaient encore mal vus, l'agitation qui prenait le pays était telle que tout le monde s'en fichait un peu. Il commençait même à recevoir d'obséquieuses marques de soutien, et le nom de Rosenwald reprenait sa dorure. C'était pour cette raison qu'Helmina l'avait laissé étudier, bien sûr encadré par une solide protection, à l'hôpital Günther Bartholomaeus, seul établissement de médecine magique du pays. Il savait que c'était aussi une manœuvre de sa mère pour que leur nom recommence à apparaître dans la capitale, même si ce n'était qu'à travers les anodines études de médecine de son fils puîné. Alors, Lukas profitait des joies de la capitale pour sortir et se laisser aller un peu. Progressivement, il avait lâché du leste depuis trois ans qu'il était là. Même si son nom était reconnu, son visage ne l'était pas encore beaucoup grâce à l'anonymat de cette grande ville et Lukas goûtait à la liberté d'être comme tout le monde.
Ce soir-là, il se laissa aller à rire aux plaisanteries de son camarade, avec qui il n'aurait jamais parlé s'il avait gardé cette attitude rigide et beaucoup trop droite pour être lui, qu'il arborait depuis des années. Il se laissa faire quand l'heure vint au flirt gentillet, prudent, car ce genre de choses pour deux individus du même sexe étaient taboues.  L'autre savait qu'il pouvait s'attirer les foudres de Lukas s'il s'avérait qu'il n'était pas sensible à ses charmes, mais Lukas, pour le conforter, ne lui donna que des signes positifs. Il avait appris à être discret sur ses préférences, comme il avait appris ce genre de jeu secret qu'il devait exercé pour avoir ce qu'il cherchait. Cette adrénaline, cette sensation d'exister sous un regard, d'être beau et digne d'intérêt. Ça regonflait son orgueil malmené, ça pansait les blessures de son ego, ça lui donnait la fièvre aux veines et ça le rendait presque étranger à lui-même.

Ce soir-là, il ne rentra pas seul. Il dut attendre que la porte de son appartement se ferme pour se jeter aux lèvres de l'autre, l'embrasser à en perdre haleine et ainsi sceller la promesse du silence quant aux prochaines heures. Il n'eut aucune pensée pour sa fiancée, sa mère, ou son jumeau. Sous les mains qui le déshabillaient, il n'arrivait plus à penser à autre chose qu'au prochain geste qu'il allait faire pour pouvoir avoir sa prochaine dose de sensations plus fortes que les précédentes. Il vivait enfin, alors que son souffle s'emballait, alors que sa tête se jetait en arrière pour laisser plus de place aux dents de l'autre sur son cou, alors que ses mains ne savaient déjà plus où caresser. Ce n'était pas souvent qu'ils s'adonnait à ses penchants, mais c'était toujours la même fièvre délicieuse qui l'emportait et le laissait sans qu'il n'ait besoin de réfléchir, de se retenir, sans cesse. Il se détacha du corps de son amant du soir juste assez pour le mener à sa chambre, le poussa vers le lit en l'embrassant, s'écroula au-dessus dans un rire qu'il partagèrent. Un instant immobiles, ils se regardèrent. L'autre eut un geste presque tendre pour arranger ses cheveux, et Lukas, effrayé de lire ce qu'il pourrait trouver dans ses prunelles, se pencha pour l'embrasser. Échangeant le rapport de force, l'autre les fit se tourner sur le lit et Lukas, docile, se laissa faire en poussant un soupir. C'est en fermant les yeux qu'il se rappela la brûlure douloureuse laissée à son cœur, un jour de sa quinzième année, et toutes les autres qui suivirent depuis. Qu'il pensa à son frère, à la trahison qu'il avait ressentie, et sa volonté presque vengeresse s'affermit plus encore dans la vigueur qu'il mit à attraper la nuque de son amant et l'embrasser, encore, douloureusement.

Düsseldorf, 2011
Bizarre, de le voir ainsi. De ressentir comme un volcan au fond de lui et de devoir s'empêcher de l'exprimer. Il était au premier rang, les mains posées sur ses genoux, à côté de la grande Helmina qui arborait un demi-sourire empli de fierté. Les yeux fixés sur son frère qui lui regardait sa fiancée, Lukas n'écoutait pas les paroles du marieur. Il s'était déconnecté, et perdu dans les méandres de ses pensées. Et, comme à chaque fois qu'il était nerveux, il avait un mal fou à contenir les nombreux tics qui le démangeaient. Taper du pied sur le sol. Se gratter le visage, les mains, les bras. Froncer et défroncer les sourcils, rapidement, plisser le nez, mordiller ses lèvres... Le seul geste qu'il ne parvint pas à contenir fut celui de contracter et décontracter sa mâchoire à intervalles réguliers. Parce que s'il se mentait à lui-même depuis des années, son inconscient venait lui rappeler à quel point il pouvait haïr ce moment, et à quel point c'était anormal de se sentir aussi concerné par le mariage de son frère. Il laissa ses doigts aller gratter sa nuque, et aussitôt sa mère tourna légèrement la tête pour lui intimer le calme, d'un seul regard. Helmina Rosenwald avait cette aura, cette prestance qu'elle avait transmise à son fils aîné, oubliant au passage son jumeau qui avait beaucoup de mal à trouver sa place au sein de cette famille. Lorsque la cérémonie fut enfin close, Lukas dut se retenir de ne pas bondir sur ses pieds et s'échapper. Il dut rester pour qu'un photographe immortalise l'instant, Rosenwald et Friedrich réunis autour des tout jeunes mariés, il dut rester et entretenir la conversation avec quelques grandes éminentes figures présentes à sa table. Son téléphone portable, indispensable pour le métier auquel il se destinait, vibra dans la poche de son pantalon. Lukas décrocha et la voix d'un collègue l'informa de venir le plus rapidement possible. En raccrochant, le jeune homme s'excusa auprès des personnes autour de lui et se fraya un chemin jusqu'à sa mère, pour la prévenir. Il se pencha à son oreille, et ne sut pas vraiment comment interpréter le regard que Helmina posa sur lui. « Va sauver des vies, mais reviens pour le dessert, veux-tu. » Il assentit, eut un hochement de tête respectueux pour l'assemblée autour de sa matriarche et sortit le plus rapidement possible. Sans jeter un seul regard à son frère. En vérité, il ne revint pas du tout au mariage de son jumeau, et préféra passer la nuit chez son collègue et camarade de promotion, à s'oublier dans ses bras comme souvent.

Düsseldorf, 2012
Luis était absent, ce soir-là, et Lukas venait de rentrer au palais des Düsseldorf pour quelques jours de repos. Encore en études de médecine à Berlin, c'était rare qu'il puisse s'absenter loin de la capitale même pendant un court instant, le temps de rentrer voir sa famille et de profiter des siens. Surtout que désormais tout jeune marié, il devait au plus vite engendrer un enfant afin d'avoir la paix et de détourner le regard plus encore de ses réelles préférences. Comme son frère venait de le faire. La jolie Lena venait de voir le jour, quelques mois à peine après le mariage de son oncle, et les gros titres de la presse commentait la vie des Rosenwald comme une feuilleton romancé.
Lorsqu'il passa la porte d'entrée, il n'eut même pas le temps d'aller rendre hommage à sa mère et à sa femme que sa belle-sœur arriva vers lui, empressée, ses beaux cheveux roux que Lukas lui détestait ondulant derrière elle. Elle lui attrapa le bras, et Lukas se tendit instantanément. « Lena... Lena ne va pas bien... » Le jeune homme fronça les sourcils, percevant tout de suite l'inquiétude de mère qui transparaissait clairement dans sa voix.  «Où est-elle ? Pourquoi tu m'as attendu, tu n'as pas appelé un médecin ? » Aloisia le mena énergiquement à la chambre de sa fille, ne prenant pas le temps de se retourner pour lui répondre : « Luis ne fait confiance qu'à toi. » Évidemment. La méfiance de son frère envers n'importe qui ne s'appliquait pas à Lukas, son jumeau, celui avec qui il avait tout partagé depuis l'enfance. Lena était la chose la plus précieuse de Luis, et son cadet le comprenait. L'orgueil gonfla sa poitrine, reconnaissant de cette confiance aveugle qu'il lui portait et qui pourtant n'avait plus sa réciproque depuis leurs dix-sept ans. Depuis le meurtre de leur sœur, que Lukas avait toujours tu, par peur, mais aussi pour les protéger, Luis, sa précieuse réputation et l'avenir qui en découlait. L'avenir même du pays, que Lukas estimait meilleur entre les mains d'un Rosenwald comme son frère.
Il rentra dans la chambre de l'enfant, écarta d'un coup de coude agacé la bonne qui était à son chevet et se pencha sur le berceau. Son visage poupin avait presque perdu sa beauté, rouge écarlate à force de pleurer et de tousser, et Lukas passa le doigt sur l'habit de l'enfant pour le couper. Pas de temps à perdre. Quelques croisements de doigts, et il les posa sur sa poitrine pour écouter son cœur affolé battre comme un fou dans sa petite cage thoracique. Il observa le thorax qui se creusait à chaque difficile inspiration que l'enfant prenait, ses lèvres bleuies, et rapidement eut sa conclusion. « Bronchiolite. » Un jeu de ses mains agiles de médecin, et il les posa sur la poitrine de Lena. La petite fille arrêta de pleurer et se calma aussitôt. « Pas très grave, mais si j'arrivais un peu plus tard... » Il laissa sa phrase en suspens. Ses doigts réparèrent le tissu qu'il venait d'abîmer, puis caressèrent les cheveux de nouveau-né que sa nièce avait encore en remontant le drap sur elle. « Tu peux dormir, ma beauté. » Un regard tendre vers l'enfant, et il laissa Aloisia avec sa bonne sans un mot de plus. S'il n'aimait pas sa belle-soeur et l'évitait le plus possible, il ne pouvait pas s'empêcher d'adorer sa fille. Elle avait le sang de Luis, son propre sang à lui, et comme chacun des membres de sa famille, Lukas était déjà prêt à beaucoup de choses pour elle.

Plus tard, alors que son insomnie le faisait se pencher sur l'étude d'un nouveau cas que son chef de service lui avait confié avant son départ, Luis vint dans la bibliothèque, utilisée temporairement comme bureau par son cadet. Debout en train de faire les cent pas avec son dossier entre les mains, Lukas leva la tête de ses papiers pour lancer : « Bonsoir, Luis. » Sobre, son bref bienvenue fut suivi d'une étreinte que son frère vint lui donner. Moins tendres que celles de leur enfance, donnée sur un torse beaucoup plus masculin et viril que dans les souvenirs de Lukas.  « Pour ma fille, merci. » Le cadet abandonna son dossier sur la table à côté de lui et rendit son étreinte à son jumeau, nichant par réflexe son visage dans son cou, fermant les yeux pour respirer son odeur. Oubliant qu'ils avaient vingt-deux ans, une vie chacun de leur côté qu'ils commençaient à construire. « De rien, tu sais bien, » chuchota-t-il en retour. Tu sais bien que quoique tu fasses, je ne pourrais pas m'empêcher d'être là.

Düsseldorf, 2013
C'était plutôt simple, d'être un bon fils. Il suffisait de faire ce que l'on attendait de lui. Là, alors qu'il nouait sa cravate à l'aide du miroir en face de lui, il s'agissait d'attendre devant l'autel, d'écouter respectueusement le sermon et de dire « Oui, je le veux. » Il s'agissait de faire taire la nervosité de son corps qui ne lui obéissait pas , qui rendait ses doigts gourds, plissait son visage en d'insupportables tics et le faisait se sentir à l'étroit dans son accoutrement de marié. Il se regarda, et se trouva si imparfait pour ce jour qu'il n'avait aucune idée du comment allait-il tenir toute une journée ainsi. L'année passée, au mariage de son frère, il avait pu échapper à la foule lorsqu'il y avait beaucoup trop d'animation pour qu'on le remarque, mais cette fois-ci, au centre de tous les regards, il n'allait pas pouvoir rejouer le même tour. Ça le rendait malade. Il ne s'était jamais fait aux pompes cérémonieuses. La porte derrière lui s'ouvrit, et le reflet de son  frère apparut dans le miroir. Lukas ne se retourna pas, et tenta sans succès de masquer les tics accentués par le trouble de sa présence. « Si c'est mère qui t'a demandé de venir, ne t'en fais pas. Tu n'as pas besoin d'être là, j'ai une nièce de qui tu dois t'occuper. » Lukas eut même un sourire pour tenter de paraître convaincant, mais même si la distance avait creusé un fossé entre eux, Luis ne s'y laisserait pas prendre. Son aîné ne répondit rien et vint juste vers lui de sa démarche calme, droite et fière. Celle que Lukas essayait d'imiter depuis des années sans y parvenir. Ses doigts poussèrent ceux moins agiles de Lukas et finirent de nouer cette fichue cravate sans qu'un mot ne soit échangé. Tout deux se regardèrent, et Lukas ne put lui cacher l'état de panique dans lequel il était. L'océan de calme qu'étaient les yeux de son frère apaisèrent sa tempête, comme à chaque fois, comme tout le temps, et Lukas redevint pendant quelques longues secondes le gamin incapable de dormir seul sous peine de faire des cauchemars. Une caresse sur la joue, un sourire et Luis s'en allait déjà. Laissant à son jumeau une sensation de vide mêlée à celle de faire l'une des plus grosses erreurs de sa vie.


Lukas était en train de parler avec sa belle-mère de son travail, quand une chanson qu'il connaissait bien résonna sur le parquet. Il s'excusa aussitôt auprès d'elle avant t'entendre derrière lui : « Où est le marié ? » Il eut un sourire et reconnu la silhouette longue et gracile de sa meilleure amie, Agnieszka Taborska. Le visage rayonnant, elle s'empara de ses bras pour le tirer jusqu'à la piste de danse. « Ania, je suis pas sûr de vouloir faire ça à mon mariage...
– Oh si tu le veux ! » Sans lui demander son avis, elle commença la folle chorégraphie des années 20 qu'ils avaient appris ensemble, pendant leurs sorties estudiantines. Lukas rit, et l'imita peu de temps après. Le charleston endiablé qu'ils firent rappelèrent au jeune homme le vent de fraîcheur qui l'emportait chaque fois qu'ils étaient ensemble et qu'ils faisaient toutes ces choses que jamais ils n'auraient osé tout seul. Ania, c'était sa meilleure amie depuis longtemps, surtout depuis Goldadler où elle l'avait aidé à passer des moments difficile. C'était sa complice des sorties berlinoises, parfois jusqu'à aller dans le monde des non-sorciers et de voir vraiment leur vie. Ania, c'était celle avec qui il pouvait finir ses nuit à six heures du matin et enchaîner sa journée une heure plus tard. C'était elle qui, une fois où ils étaient vraiment bien éméchés, lui avait proposé de vérifier si vraiment, il était gay. Et c'était sur ses chaussures où, alors qu'il était sur le point de l'embrasser, il avait vomi. En regardant sa meilleure amie, c'est de tout ça qu'il se souvint et, faisant fit de la lourdeur que son propre mariage faisait peser sur ses épaules, il dansa avec elle et oublia tout le reste.


Il avait bu à son mariage. Beaucoup bu. Fait danser sa femme à de nombreuses reprises, histoire d'avoir quelque chose à faire, fait danser sa mère aussi une seule fois, ses soeurs et quelques femmes Taborska. L'alcool irriguant ses veines, son sourire trop grand et incontrôlable avait peint ses lèvres, et son rire réapparaissait pour les raisons les plus idiotes. Il avait l'air heureux, et c'est tout ce qui comptait. Il avait l'air heureux alors qu'à l'intérieur, il voulait déguerpir. Loin de ce faste et loin de ce rôle qui l'enfermerait désormais plus que jamais.
Tard, très tard dans la nuit, il avait rejoint la chambre où Liséa, désormais son épouse, l'attendait comme le voulait la coutume. Habitué à l'ivresse largement expérimentée durant ses années estudiantines, sa démarche était bien droite e ses gestes contrôlés. Lorsqu'il poussa la porte, il trouva sa femme assise sur une causeuse, encore dans sa robe de mariée, levant vers lui un sourire calme et confiant qui lui rappela celui de son frère. Liséa était de ces personnes qui n'ont peur de rien, surtout pas de leur propre ambition, et Lukas était sensible à ce charme qui les nimbait. Il lui rendit son sourire, eut un petit rire lorsqu'il ferma la porte derrière lui et ne  put s'empêcher d'avouer à demi-mots : « Je crois que vous serez la première et la dernière femme de ma vie, Liséa. » Il n'avait jamais connu de femme, ayant toujours préféré la compagnie des hommes et, si c'était quelque chose qu'on ne devait pas dire, il faisait confiance à sa femme pour qu'elle ne le répète pas. De toute façon, maintenant mariés, ils étaient ensemble dans la même galère et ce jusqu'à la fin. Le sourire de Liséa s'agrandit et eut une tonalité presque trop dure, trop honnête. « Je le sais. » Les quatre années qui les séparaient avaient donné à sa femme quelque chose de plus mûr, qui mettait Lukas indubitablement à l'aise. Il la connaissait depuis l'enfance pour l'avoir vue de nombreuses fois, et Liséa avait ce quelque chose qui rassurait Lukas. Elle vint devant lui le draper de ses bras et s'avança pour lui donner un baiser malgré l'odeur d'alcool qui devait l'entourer. Lukas ferma les yeux et se laissa faire. Le second baiser eut quelque chose de plus dur, qui s'apparentait à de la passion sans en être. Ils ne s'aimaient pas, comme beaucoup, mais devaient faire avec. Et Lukas laissa ses mains se loger sur les hanches de sa femme, découvrir des formes auxquelles il n'avait pas l'habitude.
Peut-être à cause de l'alcool, peut-être à cause de l'expertise de Liséa, Lukas prit plaisir à la déshabiller, à caresser sa peau et à laisser faire les mains de son épouse, sa bouche et tout son corps faire ce qu'elle voulait de lui. Elle parvenait à lui apporter une ivresse proche de ce qu'il recherchait, et surtout l'oubli. Il oublia presque qu'il devait coucher avec elle par l'obligation imposée de l'alliance à concevoir. Ce n'est que plusieurs heures plus tard, réveillé dans la nuit malgré la fatigue qu'elle avait donné à son corps qu'il se dit, en la regardant dormir, qu'il aurait pu tomber plus mal que ça. La caresse affectueuse qu'il donna à ses longs cheveux blonds fut emprunte de toute la confiance qu'il avait désormais, pleine et entière, envers la seule femme de sa vie.

Berlin, 2015

« Non, non, non, pas cette pile, Lu...» Trop tard. La pile soulevée par son frère venait se s'écrouler sans qu'il n'ait le temps de dire ouf. Luis regarda l'amoncellement de papiers à ses pieds, puis son frère en haussant les sourcils d'un air fatigué. « Je sais, Luis, je sais, » soupira Lukas en se frottant l'arrière de la nuque. Le cadet s'agenouilla pour ramasser mais son frère ne s'encombra pas de ces détails : faisant danser ses doigts, il refit la pile de manière beaucoup plus nette qu'elle ne l'était. De manière beaucoup plus Luis. Et pas du tout Lukas. « Tu es resté combien de temps, dans cet appart, cinq ans ?
– Sept, » corrigea Lukas en s'attelant à réordonner ses notes de première année d'interne. Luis était venu lui prêter main forte pour déménager son appartement et remettre toutes ses affaires au palais où ils venait de se réinstaller. Mais la présence de son frère dans un lieu qui n'avait été qu'à lui et qui n'avait jamais accueilli personne de sa famille mettait mal à l'aise le cadet. Il n'aurait pas pu perdre du temps à prendre le train souterrains tous les soirs afin de rentrer à Düsseldorf alors, ses années d'internat fini, Lukas avait continué d'occuper cet appartement lui servant de garçonnière. Un endroit où il avait pu vivre un peu de liberté, et une époque qui allait être révolue sitôt que ses affaires partiraient d'ici. « Je n'ai aucune idée de la façon dont tu peux vivre dans ce capharnaüm, continua Luis. Est-ce qu'au moins quelqu'un venait faire le ménage ?
– Euh... J'ai renvoyé la bonne que mère avait mise à mon service parce qu'elle me jetait trop de choses.
– Elle avait sans doute raison. » Lukas n'avait pas vraiment envie que son frère découvre cette partie de sa vie, ses années estudiantines, sa vie ici, à Berlin, loin du giron familial. Mais il n'avait jamais rien pu refuser à son frère : sitôt qu'il avait annoncé débarrasser cet appartement pour le revendre, Luis s'était porté volontaire pour l'aider. Malgré son travail, sa petite fille, et sa charge d'héritier. Lukas n'avait pas trop compris pourquoi, mais n'avait rien dit. Et depuis plusieurs heures maintenant, ils étaient ensemble à trier les papiers de Lukas pour n'emmener que l'essentiel. Le cade leva le nez de son carton pour voir que son frère, par magie, faisait flotter un livre devant ses yeux. « Tu peux le toucher, il n'est pas sale.
– Pourquoi t'as gardé autant de choses ? » Lukas haussa les épaules. « Je déteste jeter. Ça me fait bizarre. » Luis fit tomber son regard sur lui, pénétrant, lisant en lui comme dans un livre ouvert. Une sensation qui était devenue étrange au fil du temps, inquisitrice au lieu d'être rassurante. Finalement, Luis reposa le livre et lança : « Je vais voir dans ton armoire si y'a moins de poussière. » Il ne faisait pas exprès de blesser son cadet avec de telles répliques, Lukas le savait, mais il en était touché tout de même. Il se morigénait à prendre moins à cœur ce que disait son frère, mais impossible. Laissé seul dans le salon, changé en bureau au fil des années, Lukas souffla et repris son tri. Jusqu'à ce que son frère ne revienne, armé d'une chemise trop large d'épaules pour être à Lukas. « J'en fais quoi, des vêtements de ton amant ? Je les jette ?
– Mais non, mets-les dans un coin, j'irais lui rendre ! » Lukas s'empourpra légèrement et lui attrapa la chemise des mains, la pliant sommairement pour la poser sur le canapé. C'était aussi la principale raison pour laquelle il avait voulu faire ça seul : aucune envie qu'on découvre que des affaires n'étaient pas les siennes. Son ami laissait souvent quelques petites choses, parce que Lukas habitait beaucoup plus près de leur lieu de travail et que c'était très pratique pour les nuits de garde. Plus sentimental que son frère, il avait tendance à garder ses amants plus longtemps. Il n'en avait eu qu'un de régulier, depuis cinq ans. Et même s'il savait que ça ne menait à rien, il y était out de même attaché. Peu de temps après, il entendit un grand bruit en provenance de sa chambre. Aussitôt sur ses pieds, il bondit en quelques enjambées vers la pièce. « Luis, mais qu'est-ce que tu fais ?!
– Lukas, pourquoi même ton armoire est mal rangée, c'est pas du tout sérieux !
– Je t'ai rien demandé, Luis, rien ! Pourquoi t'es là d'ailleurs ? T'as d'autres choses beaucoup plus importantes que de t'occuper du fouillis de ton petit frère ! »  Il avait appuyé sur les deux derniers mots, comme lorsqu'il était gamin et lui faisait une crise de jalousie lorsqu'il ne lui accordait pas assez de temps. Il lui arracha des mains un pull-over qu'il tenait pour le jeter rageusement sur le lit, et l'affronta du regard. « Je voulais juste t'aider, » répondit calmement Luis. Luis n'affichait pas ses émotions, et Lukas s'était plusieurs fois demandé s'il en éprouvait. Si la part du petit garçon encore en lui voulait croire que si, l'ado de quinze ans désillusionné disait que non. Et l'homme de vingt-cinq ans faisait en sorte de s'en ficher. Luis lui adressa un dernier regard et s'en alla, claqua la porte d'entrée derrière lui, et Lukas s'effondra à même le sol. Le visage dans les genoux, les serrant contre lui.

Berlin, 2016

« Là, voilà ma Lili... » Il prit sa fille dans ses bras et commença à la bercer. Sa petite Liliana, il en était tombé amoureux au premier regard, et elle lui avait arraché le premier vrai sourire depuis longtemps. Amoureux de la candeur de ses traits, de l'innocence de son regard, de la beauté enfantine qu'elle arborait. Rapidement, elle était devenue à peu près tout pour lui. Un bras derrière son dos pour la caser contre son torse, l'autre posée sur ses courts cheveux aussi blonds que ceux de sa mère, l'enfant se serrait contre lui, le visage posé contre le cœur de son père. Elle faisait fréquemment ce genre de crises d'angoisse depuis qu'ils étaient revenu à Berlin et Lukas, lui-même proie aux cauchemars depuis sa plus tendre enfance, ne pouvait que comprendre. En possession du palais de leur ancêtre, et avec lui le pouvoir qui y était associé, les Rosenwald avaient réinstauré l'empire. Helmina était de plus en plus occupée, Luis de plus en plus distant de par sa fonction d'héritier qui, avec cette reconquête, avait pris plus d'épaisseur. Le trône qu'on lui promettait depuis son enfance se faisait de plus en plus proche. Lukas fredonna distraitement un air calme pour endormir sa fille, les pensées tournées vers son jumeau. Plongé dans une réflexion sur Luis, de tout ce qu'il avait fait pour en arriver là, et de ce geste. Ce geste qu'il avait eu, quelques jours après leurs dix-sept ans, à cause duquel leur sœur aînée était tombée. Comme souvent, le sentiment de méfiance que Lukas tira de ce souvenir le conforta dans sa décision de mettre de la distance entre eux. Que son frère était dangereux et que le pouvoir le rendait effrayant. Il embrassa le front de sa petite et ne put s'empêcher de penser à ce qu'il serait capable de faire, une fois Helmina partie. Ses questions tournèrent, et l'une d'entre elles revint régulièrement : est-ce que Luis serait un bon empereur, comme il l'avait toujours pensé ?


Il s'y attendait, évidemment. Mais en avoir la confirmation de son chef le plus haut, le directeur même de l'hôpital, gonfla sérieusement son ego. Certes, son nom avait joué dans la balance, c'était certain. Mais Lukas restait tout de même le plus jeune chef de service jamais nommé à l'hôpital Günther Bartholomaeus, et pas n'importe lequel : celui des diagnostics, l'un des plus compliqué à occuper. Synonyme de davantage de responsabilité au vu de l'urgence des cas traités, souvent graves. Un challenge parfait pour le jeune médecin.
Son prédécesseur, un homme qui préparait sa succession depuis bientôt un an et qui atteint l'âge bien mérité de la retraite, lui tendit la main alors qu'il le rejoignait, lui et le directeur, s'étant détaché de la foule. Il les sentait, les regards jaloux et accusateurs, ceux qui le jugeaient déjà inapte et qui attendait avec impatience sa chute. Lukas n'eut pour eux qu'un sourire presque carnassier. Presque comme ceux de son jumeau. Pendant une seconde, l'ambition qu'il manifesta était telle qu'il lui ressemblait davantage. Il eut quelques mots, brefs, pour dire sa fierté, pour promettre de ne pas décevoir les espoirs placés en lui, et pour souhaiter une très bonne collaboration avec ses collègues et les médecins nouvellement placés sous ses ordres. Des gens avec qui il avait travaillé, et pour certains fait ses études avec eux. Mais son sang, son nom, son héritage avait fait la différence et il en était pleinement conscient. A lui de prouver que tout cela le rendait bien supérieur à eux en termes de compétences. Le directeur dispersa la foule lorsqu'il eut terminé, et tous retournèrent à leurs occupation. Le collègue de Luis, son ami d'études et bien plus que ça depuis cinq ans, vint vers lui en souriant. Lukas aimait bien ce sourire, et la douceur qu'il dégageait. « Sur ce, patron, je vous invite à boire un verre ce soir pour fêter dignement ça ? » L'invitation était claire, et Lukas la sentait. Il sentait aussi l'espoir dans le ton de sa voix, celui qu'il accepte et qu'il finisse la soirée dans ses bras. Et le jeune homme était de plus en plus mal à l'aise avec ce qu'il percevait de son ami. Alors, il lui répondit : « Désolé, mais je dois annoncer la nouvelle à ma famille, et je suis sûr que ma Lili va être très fière de son père. Une autre fois, peut-être ? » Le message, là aussi, était limpide : sa famille passait avant tout, surtout maintenant qu'il était devenu père. Un sourire, puis il réunit son équipe autour de lui, demanda des informations sur les cas qu'il ne gérait pas, en délégua quelques-uns et renvoya ses médecins à leurs patients. Il s'agissait pour lui de leur montrer qu'il était bel et bien leur chef, malgré son jeune âge, et qu'il ne comptait pas se laisser marcher sur les pieds. Après tout, il était né Rosenwald : il avait le commandement dans le sang.

En rentrant chez lui, le soir-même, il alla directement trouver sa mère. Frappant à la porte de son bureau, il entra lorsqu'elle le lui dit et elle le reçut avec un sourire fier. Le tout premier qu'il ait jamais vu sur son dur visage, le premier qui lui était adressé. Le petit garçon au fond de lui ressentit une boule de joie pure éclater dans sa poitrine. Il avait réussit à faire quelque chose de bien aux yeux d'Helmina. « J'ai reçu les félicitations du directeur pour ta promotion, mon fils. » Elle se leva, contourna le massif bureau, ouvrage élégamment travaillé dans du bois de rose, et vint appuyer ses deux mains sur ses épaules. Bien que la dépassant légèrement à présent adulte, Lukas se sentait toujours bien inférieur à elle. Helmina accrocha son regard, lui transmis toute sa force et toute sa détermination. « Prouve-leur qu'un Rosenwald vaut bien mieux que tous les autres. Montre-leur qui nous sommes. » Il hocha la tête, le cœur plein de cette fierté filiale et déjà prêt à de nombreux sacrifices pour que son nom brille plus encore.

Et le sacrifice, ce fut celui-ci. Il avait finalement accepté quelques jours plus tard l'invitation de son vieil ami, son plus fidèle allié au travail. Il l'avait suivi dans l'appartement qu'il occupait encore, l'avait embrassé, lui avait fait l'amour, comme souvent. Et puis, alors qu'ils se reposaient, peau contre peau, il lui souffla sans le regarder, le menton casé sur son épaule « C'est la dernière fois. » L'autre ne répondit rien. Sans doute s'y attendait-il. Une simple caresse dans le creux de ses reins, un baiser abandonné sur ses cheveux. Lukas attendit qu'il s'endorme pour le quitter, une dernière fois, et rejoindre le palais en toute discrétion. Il monta rapidement dans les étages, et croisa son jumeau. Rapidement, sans s'attarder, au risque qu'il voie ses yeux brillants et les larmes qu'il avait retenues pendant tout le trajet, il lui dit « Tout va bien, ne t'inquiète pas. »


Avec sa femme au bras, Lukas se promenait dans la galerie d'arts en regardant d'un œil intéressé les peintures qui y étaient exposées. Parce que sa mère avait reçu les petits cartons d'invitation mais ne pouvait s'y rendre, il avait accepté sous l'insistance de Liséa d'y aller à sa place pour la représenter. Liliana au lit et surveillée par sa nourrice, le couple avait trouvé le chemin de ce lieu un peu éclectique si loin de la rationalité froide de Lukas. Sa femme avait eu pour argument que ça allait lui changer les idées. Fort occupé depuis sa dernière nomination à la tête de son service, le jeune médecin avait peu pris le temps de respirer, et son épouse l'avait évidemment remarqué. Liséa semblait à l'aise dans ce genre de choses, toujours lorsqu'il s'agissait de se montrer, et donnait un peu de sa propre confiance à son époux. Glissait dans chaque conversation qu'elle entretenait qu'il venait d'avoir une nouvelle promotion et qu'elle en était fière. Si Lukas n'avait aucune idée de la manière dont vendre son image, Liséa le faisait parfaitement bien pour lui. Encore un signe que Helmina ne s'était pas trompée en concluant leurs fiançailles, et que Liséa était la femme qu'il lui fallait. Elle comblait ses lacunes et le poussait à toujours mieux, tout en étant à son égard d'une grande compréhension. La preuve lui fut encore donnée lorsqu'elle lui chuchota : « Tu ne serais pas plus intéressée par l'artiste que par son art ?» Elle devait avoir vu les coups d’œil, pourtant discrets, que Lukas désignait au peintre qui exposait ses œuvres. Plutôt bel homme, et surtout plein de cet aura charismatique à laquelle la nature discrète et timide de Lukas avait toujours été sensible. Sans lui demander son avis, comme souvent, elle les fit aller à sa rencontre et le jeune homme les vit arriver avec un sourire. Ce sourire confiant et doux, au-dessus de prunelles étincelantes et sombres. Lukas serra la mâchoire. Quelques temps déjà qu'il s'était éloigné de son amant régulier pour tenter de se reprendre, d'être plus digne de la confiance de sa mère, d'être un Rosenwald. « Liséa...
– Tais-toi.» Et, souriante, elle entama aussitôt la conversation avec l'artiste dès qu'il eut posé ses lèvres sur sa main gantée. Félicitant son art, discutant des sens cachés qu'elle avait ou y déceler, écoutant ses explications. Et puis, comme toutes les fois depuis le début de soirée, la discussion vint sur son époux. « Mon mari aimerait savoir le prix de cette toile...» Liséa désigna celle devant laquelle Lukas s'était arrêté plus longtemps que d'habitude : un dos d'homme nu dont les bras se tendaient vers le ciel. Il avait été un peu choqué du sujet dans une galerie d'art même peu conservatrice, et sa femme lui avait dit que ce mêlé se servait de son art pour assouvir ses passions. Comment elle était au courant de ça, Lukas ne savait pas et s'était effrayé de cet homme. Lui ne pouvait pas se permettre de tels sous-entendus, lui n'avait pas l'excuse d'une folie d'artiste pour se cacher derrière. Il était médecin, homme marié, père de famille et appartenait au clan impérial qui ne pouvait s'autoriser une seule déviance. Il ne pouvait pas l'approcher malgré l'aura pleine de charme qui l'attirait. Mais Liséa en avait décidé autrement : elle prétexta une envie de se repoudrer le nez pour laisser Lukas en compagnie de cet homme troublant. « Ne vous inquiétez pas, lui dit le mêlé, je n'ai jamais mangé personne. Hormis quand on me le demande. » Lukas eut la faiblesse de regarder son sourire et sombra aussitôt.

Une semaine plus tard, c'est dans son atelier qu'il l'avait retrouvé, armé du petit carton de visite qu'il lui avait donné. Liséa avait insisté pour avoir ce tableau, et ce que Liséa voulait, Lukas le lui donnait. Alors il était là, dans ce lieu qui ressemblait fort à un débarras avec des toiles entamées partout, des pinceaux, de la couleur, et pas une seule once de rangement. Bizarrement, il reconnut sa propre tendance au désordre, dans lequel il se retrouvait si bien et qui agaçait Helmina le peu de fois où elle mettait les pieds dans le bureau de son fils. Et retrouver ça chez cet individu lui rappela qu'ils n'étaient pas si différent, et le mit mal à l'aise. Il était là, dans de vieux habits plein de peinture, ses cheveux si bien ordonnés le soir de la réception désormais en pagaille, et les yeux d'un noir profond et pourtant très, très brillante. Lukas l'avait visiblement interrompu en plein art. « Vous savez, mon prince, vous n'avez pas besoin d'être aussi tendu. » Il lui avait frotté le bras avec gentillesse, malgré leur différence de statut. Il semblait comprendre ce qui inquiétait Lukas, car il lui dit simplement « Si c'est autre chose que le tableau que vous voulez, je sais rester discret. » Encore ce sourire enjôleur, et Lukas finit par céder et le lui rendre. Il fallut encore un peu de temps à l'artiste pour faire tomber toutes ses barrières, et pour le faire tomber sur le vieux divan qui trônait dans son atelier. En l'embrassant, Lukas sentait les odeurs de peinture sur sa peau et la rugosité de ses mains abîmées à être sans cesse lavées contre la sienne. Lorsque la fièvre retomba, Lukas se maudit d'avoir cédé à ses sens. Le mêlé sembla le comprendre, là aussi. « Tu pourras faire ce que tu veux, refréner tes besoins ne les fera sortir que davantage, mon prince.»
En rentrant ce soir-là, Lukas ne trouva pas l'appétit devant son assiette, et si tout le monde le voyait, personne ne fit de commentaire. Il n'y eut que Liséa pour, discrètement, effacer une marque de peinture qu'il avait dans le creux du cou, un sourire complice sur ses jolies lèvres.

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( a second son must find glory where he can) - Lukas

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